Révisions pour le lycée : les points de vue du narrateur, les débuts in medias res, etc

 

Vous êtes au lycée. Vous menez donc désormais des "lectures analytiques" dans le cadre de commentaires ou d'explications. Lorsqu'on étudie un récit, il faut être particulièrement attentif à sa structure, à son rythme et au point de vue du narrateur.

Ces notions sont abordées en classe dès le collège et particulièrement en 3ème. Toutefois il n'est pas inutile de les revoir...

RAPPELS DE BASE

L'auteur d'une oeuvre est celui qui la crée. C'est un écrivain : une personne réelle dans la vie de tous les jours.

Le personnage est une personne qui n'existe pas. C'est un être imaginaire qui est présent à l'intérieur d'une histoire. Même si le récit raconte une expérience réellement vécue, par exemple s'il s'agit d'une biographie ou d'un roman historique, la personne, dès lors qu'elle apparaît dans un récit, devient un personnage. En effet, ses paroles et son comportement sont contrôlés par l'auteur.

Le narrateur est celui qui raconte l'histoire. Ce n'est plus vraiment l'auteur car la personne réelle se met à jouer un rôle, se plaçant dans une situation de conteur, qu'il fige à jamais à travers l'écriture. C'est pourquoi on ne le nomme pas "auteur" mais "narrateur". Dans certains romans, celui qui raconte l'histoire est clairement un personnage. Il rapporte les événements en disant "je", comme s'il témoignait de sa propre expérience. Le narrateur est alors un personnage inventé qui est à la fois personnage - acteur de l'histoire et personnage - narrateur, conteur de l'histoire. Quand celui qui raconte l'histoire n'est pas clairement identifié, on se contente de le nommer le narrateur.


 

STRUCTURE DU RECIT

Le début d'un récit se nomme un incipit. Cela concerne les premières lignes ou le premier paragraphe, la première page... Rien ne définit exactement le volume de phrases désigné par l'incipit. Sachez que ce mot vient du verbe latin "incipere" qui signifie commencer. L'incipit donne au lecteur les premiers repères pour sa lecture à venir : cadre spatio-temporel, personnages, intrigue, genre littéraire et tonalité. L'équivalent au théâtre se nomme une scène d'exposition.

Concernant la structure, l'écrivain a le choix entre différents moyens pour mener son histoire. Il peut suivre un ordre chronologique, ce qui semble évidemment le plus logique, mais jouer aussi avec cette évidence afin de proposer une construction de récit plus complexe.

Un récit qui suit un ordre chronologique raconte les événements selon la progression du temps qui passe. Le narrateur respecte alors le schéma narratif traditionnel qui se résume en une situation initiale, bouleversée ensuite par un élément perturbateur (appelé aussi "élément déclencheur") et suivie d'un déroulement de l'histoire, avec ses péripéties. L'ensemble forme alors l'intrigue à savoir l'intérêt du récit et lui donne sa dynamique. Le tout se clôt en un dénouement : la fin du récit, menant à une situation finale. À travers le schéma narratif traditionnel, le lecteur découvre les événements de l'histoire au fur et à mesure, tels qu'ils se déroulent. Ce choix favorise l'effet d'attente, le suspense mais aussi la compréhension de l'histoire racontée.

Toutefois le narrateur peut décider de bouleverser la chronologie des événements. Il peut faire ainsi des retours en arrière, c'est-à-dire revenir dans le passé, ou bien des anticipations, c'est-à-dire annoncer à l'avance des événements qui vont se produire dans les pages suivantes. Il peut aussi décider de plonger dès le début le lecteur en plein coeur de l'histoire. D'une manière générale, tout ce qui brouille la chronologie entretient le trouble mais aussi le plaisir du lecteur. Les romans policiers et fantastiques utilisent donc souvent ces procédés.

Un récit qui s'intéresse à des faits antérieurs à la situation de narration se nomme un flash back au cinéma et est appelé "récit rétrospectif" en littérature. Les retours en arrière servent souvent à expliquer la situation présente. Au contraire, une phrase, voire un passage entier, qui annonce les événements futurs, postérieurs à la situation de narration, se nomme une anticipation. Grâce aux anticipations, le narrateur pique la curiosité du lecteur : il crée chez lui une attente.

In medias res, du latin "au milieu des choses", est une technique narrative qui consiste à faire commencer le récit au cœur de l'intrigue. Ceci plonge d'emblée le lecteur dans l'histoire. Le narrateur rend ainsi son récit plus vivant que s'il employait plusieurs phrases d'exposition de la situation initiale. Il y a recours par exemple quand le sujet s'avère long à expliquer ou bien que les personnages à introduire sont nombreux. Tous les éléments de l'histoire seront alors présentés au lecteur au cours du récit, par des allusions semées çà et là ou par une série de retours en arrière.

Autre remarque sur la structure du récit : l'écrivain doit normalement soigner les indications de date, de durée, de fréquence et doit situer clairement les événements les uns par rapport aux autres pour favoriser la compréhension du récit par le lecteur. S'il ne le fait pas, c'est évidemment volontaire et il convient d'étudier ce choix. Vous devez vous poser la question : pourquoi l'auteur brouille-t-il les pistes ? quel effet cherche-t-il à créer ? C'est le choix effectué par exemple par Albert Camus dans le début de son roman L'Etranger. Il fait en sorte de brouiller les repères pour que le lecteur soit perdu. En vérité, de façon indirecte, Camus fait comprendre au lecteur que son personnage - narrateur, est un homme en proie à une grande confusion. Parce qu'il raconte mal son histoire, dès le début, de façon confuse et maladroite, le lecteur saisit que le personnage-narrateur est un être fragile qui n'arrive pas à clarifier ses pensées. La confusion de repères, voulue par l'auteur, crée donc un effet intéressant qu'il convient de prendre en compte dans une lecture analytique.

Un récit peut aussi contenir d'autres récits. Le premier récit, le récit principal, est alors appelé récit cadre. Le deuxième, contenu dans le premier, se nomme un récit encadré. Le récit encadré est souvent un récit rétrospectif. Le narrateur interrompt alors son récit en cours pour rapporter des faits antérieurs, par exemple un souvenir de jeunesse. Parfois ce récit encadré est pris en charge par un nouveau narrateur : un autre personnage que le personnage-narrateur habituel raconte par exemple une histoire qui lui est arrivée ou une anecdote.

RYTHME DU RECIT

Le narrateur ne peut pas tout dire dans le détail. Il doit faire des choix et peut procéder, au cours du roman à une accélération du rythme du récit. Ainsi certains épisodes seront évoqués très rapidement, par exemple avec un enchaînement de verbes au passé simple. Le narrateur peut même décider de ne pas parler de certaines périodes et avoir recours à une ellipse narrative, à savoir la mise sous silence d'un moment de l'histoire. Ces ellipses narratives peuvent avoir une simple utilité pratique : le narrateur ne s'attarde pas sur des événements sans importance pour la suite de son récit. Elles peuvent aussi délibérément taire un épisode important qu'on révélera plus tard au lecteur, pour le surprendre.

Pour certains passages, le narrateur va au contraire délibérément s'attarder sur des faits, gestes ou périodes afin de ralentir le récit. Le ralentissement du ryhme du récit correspond au développement particulièrement long d'une scène qui ne durerait pourtant pas très longtemps dans la vie réelle. Le narrateur utilise alors une description détaillée, notamment en employant des verbes à l'imparfait pour un récit au passé. Notons aussi que le récit encadré sert également, par sa simple présence, à ralentir la progression du récit cadre.

POINTS DE VUE DU NARRATEUR

D'une manière générale, qu'est-ce qu'un point de vue ?

D'une manière générale, si on regarde dans un dictionnaire, on constate que la notion de point de vue est multiple. Le mot désigne en effet à la fois un endroit, une manière de voir et une opinion. À l'origine, un point de vue est en effet un endroit où on se place pour voir un objet le mieux possible. Ou bien un endroit d'où l'on jouit d'une vue étendue, pittoresque (= panorama, vue). Troisième sens : c'est une notion abstraite, une manière particulière dont une question peut être considérée, un angle de vue. Enfin le point de vue correspond à un avis, une opinion particulière.

Ainsi, d'un endroit particulier, on a une vision physique particulière qui entraîne une façon particulière de voir les choses et par conséquent un avis particulier. Ces notions sont intéressantes à prendre en considération pour bien comprendre le point de vue du narrateur dans un récit.

Le point du vue du narrateur

L'écrivain a le choix entre 3 points de vue du narrateur. Bien sûr, chaque point de vue a ses avantages. L'écrivain peut donc changer le point du vue du narrateur au cours du récit et même d'un paragraphe à l'autre. Il peut aussi faire le choix d'un seul point de vue du narrateur du début jusqu'à la fin de son récit, mais c'est plus rare.

En tant que lecteur, on repère les différents points de vue en étant surtout attentif à la présence ou non dans le texte :
- de repères spatio-temporels, selon s'ils sont variés ou non, précis ou non,
- d'indications sur les personnages, selon si elles sont précises ou non, portant ou non sur plus ou moins de personnages.

En résumé, on se demande qui nous raconte le paragraphe concerné.

Le point de vue du narrateur interne

Le point du vue interne est un point de vue qui vient de l'intérieur : un personnage de l'histoire sert de narrateur. Et ce peut être le cas même s'il ne dit pas « je » ! C'est à travers lui que le lecteur découvre les événements. Le lecteur a accès à certaines pensées de ce personnage, à ses sentiments, à ses connaissances et à sa vision des choses, qui est forcément limitée. Les repères spatio-temporels sont ceux connus par le personnage-narrateur. Le champ de vision est seulement celui de ce personnage. Ce champ évolue au fur et à mesure des déplacements de ce personnage. Des indications peuvent être données sur d'autres personnages mais elles sont réduites à la connaissance qu'en a le narrateur interne. Bien entendu, on trouvera souvent du discours indirect libre dans ce type de point de vue. En résumé, en point de vue interne, le lecteur en sait autant que le personnage - narrateur interne : ni moins ni plus. Il vit à son rythme, voit avec ses yeux, pense avec lui, etc.

Le point de vue du narrateur omniscient

Le point de vue omniscient (du latin « omni scio » = je sais tout) est un point de vue qui vient de partout. Le narrateur ressemble à Dieu ou du moins à l'écrivain : il sait tout de l'histoire et des personnages, il voit tout. Les repères spatio-temporels peuvent être multiples et très précis car le champ de vision est maximal. Le narrateur omniscient peut fournir toutes les indications possibles sur le passé, le caractère, la vie et les pensées de tous les personnages de l'histoire. Avec lui, le lecteur peut donc bien comprendre l'histoire. En point de vue omniscient le narrateur peut faire le choix de raconter sans jamais faire de commentaire ; il adopte alors un ton neutre. Il peut aussi choisir un ton personnel et faire de petits commentaires, souvent pour créer une sorte de connivence avec le lecteur. En résumé, en point de vue omniscient, le lecteur en sait plus que les personnages, comme l'écrivain. Il voit tout, sait tout, peut être à plusieurs endroits différents à la fois, voyager dans le temps et dans l'espace.

Le point de vue externe

Le point de vue externe est un point de vue qui semble placé en observateur, à l'extérieur du récit. Le narrateur externe ne sait rien. Il n'est pas un personnage mais une sorte d'objet comme une caméra qui filme, qui montre mais qui n'explique rien. Le lecteur suit l'histoire tel un nouveau venu ignorant qui découvre sans cesse des choses car il n'est au courant ni de l'identité des personnages ni des raisons de leurs comportements ni de ce qui s'est passé auparavant ni même parfois du lieu où on se trouve, etc. Souvent le narrateur externe ne témoigne d'aucune impression personnelle. Il paraît découvrir, sans le comprendre vraiment, ce qu'il relate. Son champ de vision est réduit, les repères spatio-temporels sont limités ou inexistants. Le point de vue externe permet ainsi d'intriguer le lecteur et l'oblige à être actif. Il est fréquemment employé dans les romans des années 1950 (appelés « Nouveaux Romans »). Il est aussi utilisé dans d'autres types de romans, à d'autres époques : au début des romans policiers par exemple, souvent associé avec une entrée « in medias res ». En résumé, en point de vue externe, le lecteur a très peu d'informations. Il assiste aux scènes, découvre les faits comme les gens et cherche à comprendre.