TEXTES RECUS : Bestiaire poétique (SUJET 24)
Vous trouverez ci-après les textes reçus à ce jour.
Bravo et merci à tous les participants !
ANGUILLE SOUS ROCHE
Réveillée par le son de la douche,
Dans des draps froissés et défaits,
Le sommeil perturbé par cette mouche,
Qui n'avait eu de cesse de la narguer.
Les souvenirs arrivent embrumés,
D'une soirée bien trop arrosée,
A laquelle elle s'est pourtant amusée,
Auprès d'un homme autrefois aimé.
Ce n'est pourtant pas sa chambre,
Que de bon matin elle découvre,
Mais une pièce d'un vilain ambre,
Décorée à l'image du Louvres.
Qui est cet homme si proche,
Dont elle n'a aucun souvenir ?
De la porte elle s'approche,
Il est grand temps de le découvrir !
Sur le seuil elle s'arrête
Son cœur bat la chamade
Elle l'aperçoit et s'apprête
Ce n'est pas de la rigolade !
Comment a-t-elle pu se laisser séduire ?
Ses pensées ne sont que reproches
Elle a tant l'habitude de se détruire,
Cette fois encore, y a-t-il anguille sous roche ?
(Remue-méninges, 22 juin 2010)
Des animaux et des hommes
Au premier vit un homme bourru, une sorte de loup solitaire,
Et sur le même palier, une vieille pie à la langue de vipère
Mariée à un gros ours, tendre comme un agneau.
Au deuxième habite une famille d'intellos
Avec le père qui a une mémoire d'éléphant,
La mère, un peu poule, qui en a tout autant
Et le fils, malin comme un singe, rusé tel un renard.
Pourtant la fille est mal lotie : avec ses pieds en canard
Et son bec de lièvre, on la traite de thon.
Elle s'en moque et continue de rire, gaie comme un pinson.
Au troisième et dernier étage, enfin,
Réside un sale type, mi-maquereau mi-requin,
Pourvu d'une cervelle de moineau,
Du charme d'un poulpe et d'un appétit d'oiseau.
Mais - quelle mouche le pique ? - un jour,
De toute cette basse-cour
Le concierge en a plein les pattes et sans rien dire, à tire-d'aile,
Il fuit ce panier de crabes pour aller se dorer les plumes aux Seychelles.
(Virginie Mitel, 10 juin 2010)
Dans les fils de la réforme de LA TOILE (Extrait d'un jugement du Tribunal Administratif de TERRE)
Parties confrontées au sein de la République Hexapode : M. MOSQUITO (d'origine mousticaine), qui s'érige en qualité de victime de Mme LA TOILE (l'a-règne TARENTULE)
LE LITIGE
M.MOSQUITO, domicilié à la cité des Cousins à 1000 - PATTES, a saisi le tribunal administratif d'une requête présentée par Maître CHENILLE, avocat de l'ordre des dilapidères, au barreau de TERRE, (requête enregistrée à la ruche centrale du 1er thermidor An II ;
Il demande au tribunal : d'annuler l'arrêté du 1er floréal An II par lequel LA TOILE (représentée en son sein par l'ARAIGNEE) contraint M. MOSQUITO a subir l'astreinte de la suspension à son fil, et qui, depuis, le met en demeure de justifier de sa position de victime face à l'appétit de son prédateur ; de condamner Mme TARENTULE à le libérer dans le délai le plus bref de son statut inconfortable de cocon, et à lui payer une somme de 10 000 euros, au titre de l'article L 8-2 du code de survie des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel,
Par un mémoire enregistré le 13 brumaire An II, le représentant de Mme TARENTULE conclut au rejet de la requête ;
Par un mémoire enregistré au greffe le 14 brumaire de l'An II, le Verre de TERRE conclut aux mêmes fins que le représentant de Mme TARENTULE ;
L'AUDIENCE
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique qui a eu lieu le 18 floréal An II ;
Le tribunal a entendu à l'audience publique : le rapport de M. CLOPORTE, crustacé isopode, les observations de Me CHENILLE, avocat du requérant, les conclusions de M. PUCERON, hémiptère des rosiers grimpants,
LA DECISION
Après avoir examiné la requête, la décision attaquée, ainsi que les mémoires et les pièces produits par les parties avant la clôture de l'instruction et vu les textes suivants : le décret n° 77-1133 du 22 Fructidor An II pris pour l'application de la loi n° 83-634 du 12 Messidor An II, relative à la transparence des enquêtes publiques, la protection de l'environnement et la pertinence de la nouvelle réforme en matière de sélection naturelle, le code de survie des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel,
LE TRIBUNAL
Sur la recevabilité de la requête : Considérant les dires de la victime, M. MOSQUITO qui prétendit, le jour du 3 Ventôse An II, axé en vol plané au-dessus du royaume de LA TOILE : n'avoir su survoler en toute performance le tissage des fils de LA TOILE sans s'impliquer fatalement dans son engrenage ; n'avoir su se défiler, en un tour de fil, sous la filature de son prédateur, n'avoir su intelligemment lire entre les fils pour y repérer le bon filon susceptible de lui fournir une issue de secours, s'être empêtré stupidement entre les fils de cette histoire pour y perdre jusqu'au fil de sa propre existence, s'être débattu enfin, dans la solitude, suspendu à un fil et ficelé comme un limaçon, et ayant, par ce fait, causé préjudice à Mme TARENTULE, pour avoir partiellement endommagé le royaume de LA TOILE ;
Considérant la situation de Me CHENILLE, son avocat, depuis longtemps en étroite collaboration avec son Bâtonnier, et qui, après avoir convolé en justes noces avec lui, nous annonça sa métamorphose en Maître PAPILLON (il est, à ce jour, disparu de TERRE),
SUR LA LEGALITE DE L'ARRETE ATTAQUE
Considérant l'arrêté du 1er Floréal An II, par lequel Mme TARENTULE évoque la négligence de M. MOSQUITO pour avoir volé la tête en l'air, et non le profil bas :
Considérant, par ces faits, l'architecture symétrique remarquable d'une toile d'araignée, quadrillée par un échafaudage de lois, de décrets, d'articles, d'ordonnances puis de décisions rationnelles, raisonnables et justifiables, édifiant une cohérence d'Etat souvent incontournable,
Considérant qu'il n'y a pas lieu, vu l'état actuellement neuroptère de M. MOSQUITO, de dédommager celui-ci, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens ;
DECIDE
Article 1er : l'arrêté du 1er Floréal An II de Mme TARENTULE, représentante du royaume de LA TOILE, est maintenu, et la requête N° 0000000 de M. MOSQUITO est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié, à titre presque posthume à son destinataire, conformément aux dispositions de l'article R 214 du code de survie des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel.
Délibéré à l'issue de l'audience du 18 Floréal, An II, ou siégeaient : M.LOMBRIC, lumbricus, M. CLOPORTE, crustacé isopode, assisté de M. FRELON, guêpier en chef.
La république mande et ordonne au représentant de Mme TARENTULE, en ce qui le concerne, et à tous huissiers à ce requis, en ce qui le concerne, les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. M.
(Lou-Ange, 15 juin 2010)
Cousins éloignés
Regardez-les, ces deux fêtards !
Tous deux la démarche de travers,
Tels deux victimes du mal de mer.
L'un a le nez d'un rouge criard,
L'autre a le bec orange saumon.
L'un dans un bar se gave de vin,
L'autre a plutôt un style marin :
Poisson, poisson, vive le poisson !
Alors maintenant, pensez-y bien :
Chien ne fait qu'un avec "homme"
Ivrogne ne fait qu'un avec "rhum"
Eh non, vous dis-je !, c'est le pingouin.
Oui, vous m'avez bien entendu :
Ivrogne et pingouin ne font qu'un !
(Toitoine, 14 juin 2010)
Si j'étais une baleine...
Si j'étais une baleine,
Je mettrais demain ma plus belle robe,
Celle qui est jaune, taille 76 et me moule les fesses,
Et avec mon sac à main en algues pendu à mon bras,
J'irais trotter en ville jusqu'à ce grand bâtiment,
Cet immeuble à vingt étages, laid, sans dessin ni guirlande.
Devant tous ces messieurs en cravate,
Je prendrais alors la parole
Et leur dirais combien ils sont fous.
Et bêtes. Et méchants. Et cruels.
Puis je leur ferais des grimaces avec mes fanions
Et m'assiérais lourdement, pour les écraser,
Sur leurs dossiers, leurs classeurs, leurs portables.
J'agiterais ensuite mes nageoires
Et je soufflerais de l'eau bien fort par mon évent
Pour éclabousser leurs stylos, leurs montres en or et leurs souliers vernis.
Bien sûr, la Terre ne s'en porterait pas mieux
Ni la mer ni les océans
Ni même les jours à venir,
Mais au moins j'aurais passé un bon moment
Et fait rire quelques enfants.
(Virginie Mitel, 10 juin 2010)

