La poésie de la résistance

 

 

La « poésie de la résistance », qu'est-ce que c'est ?

 

Lors de la seconde guerre mondiale (1939-1945), et plus particulièrement pendant l'occupation de la France par les Allemands, de nombreux Français se sont investis pour le retour de la Liberté. Certains oeuvraient pour leur pays en faisant dérailler des trains ennemis, d'autres risquaient leur vie en abritant des juifs, d'autres encore utilisaient leurs talents d'écriture. C'est ainsi que de nombreux poètes écrivirent pendant cette période des textes « engagés », c'est-à-dire qui disaient leurs convictions pour le bien de la collectivité : ils exprimaient leur amour de la liberté et de la vie, leur haine pour l'ennemi, leur admiration pour tous les résistants, leur douleur pour tous les déportés, fusillés et prisonniers... En résumé, ces poètes engagés étaient à la fois des messagers de paix, de colère et d'espoir.

 

Il faut remarquer aussi que parmi eux, certains étaient aussi, en plus, acteurs actifs de la résistance, prenant les armes concrètement. C'est le cas par exemple de René Char, un célèbre poète, qui devint chef départemental d'un réseau de résistants dans les Basses-Alpes. Son pseudonyme de résistant était « Capitaine Alexandre ». Durant son activité de résistance, il écrivit une sorte de journal poétique qu'il publia après la guerre sous le nom de Feuillets d'Hypnos. Autre exemple : le poète Robert Desnos. Ecrivant des poèmes engagés, il était aussi membre du réseau de résistance « Agir » et fabriquait des faux papiers pour des résistants et des juifs. Arrêté et déporté, il mourut au camp de Terezin (en République tchèque) en 1945.

 

La « poésie de la résistance » regroupe donc tous les textes poétiques écrits par ceux, célèbres ou anonymes, qui luttèrent pour la Liberté de la France pendant la seconde guerre mondiale.

 

Pourquoi un tel succès de la poésie ?
Pourquoi pas un autre genre littéraire comme le roman ou le théâtre ?

 

La poésie a surtout deux atouts majeurs : le langage poétique et la brièveté des textes. En effet le langage poétique permet de jouer avec les mots, de créer des images fortes, saisissantes, qui sauront bien traduire les sentiments personnels et collectifs ressentis en cette terrible période. De plus, le rythme poétique, la longueur des vers, les anaphores ou répétitions, les effets de sonorité, tout ceci participe à une efficace diffusion du message car, comme une chanson, le poème pourra être facilement repris, mémorisé, savouré, récité et scandé pour se donner du courage.

 

Par ailleurs le texte est bref. Il peut donc être rapidement recopié, ou même appris par coeur en peu de temps, ce qui permet de ne pas l'avoir sur soi en cas de fouilles. Les besoins pour l'imprimer sont aussi réduits, ce qui n'est pas une donnée négligeable dans une période de restrictions, et ce qui est également un atout considérable dans le cadre d'une impression clandestine et d'une diffusion en masse. C'est comme cela que les poèmes se retrouvent imprimés sous forme de tracts, et même parfois parachutés dans des caisses, avec les fusils, dans les maquis français par les avions de la RAF (Royal Air Force), armée de l'air britannique.

 

Comment s'organise la poésie clandestine ?

 

Dès 1940, les Allemands interdisent en zone occupée certains livres ainsi que les revues littéraires (sauf la NRF de Gallimard). Les activités littéraires doivent donc s'établir en zone libre, où la censure est moins sévère. En zone occupée, le premier mouvement de résistance française, appelé « le réseau du musée de l'homme », crée un journal clandestin et le nomme « Résistance ». C'est précisément ce mot que reprendront tous ceux qui luttent contre le nazisme et le régime de Vichy. Précisons que ce mot fait directement référence à une inscription qu'une prisonnière protestante avait gravée sur les murs de son cachot pendant l'oppression des protestants par les catholiques au XVIe siècle en France. Justement, certains membres de ce « réseau du musée de l'homme » étaient protestants. D'où cette idée.

 

En 1941, les Allemands démantèlent le réseau « du musée de l'homme » mais des éditions clandestines se mettent bientôt en place.

 

En 1942, Les Editions de Minuit publient ainsi leur premier livre, une nouvelle : Le Silence de la mer. Elle est signée de « Vercors », pseudonyme de Jean Bruller. Le livre circule sous le manteau et a beaucoup de succès.

 

La même année, Paul Eluard, célèbre poète surréaliste et poète résistant, publie de façon semi-clandestine un recueil poétique intitulé Poésie et vérité. L'un des poèmes est Liberté. Imprimé sur des tracts, il est diffusé en masse puisqu'il est parachuté par la RAF en des milliers d'exemplaires, dans des caisses avec des armes, dans le maquis français.

 

En juillet 1943, les Editions de Minuit font ensuite paraître L'honneur des poètes, un recueil poétique de différents poètes engagés qui ont pris des pseudonymes pour ne pas être reconnus. C'est Paul Eluard qui rédige la préface de ce recueil (mais il ne la signe pas).

 

D'autres poèmes engagés continuent ensuite de paraître pendant ces années 1943 – 1945, toujours dans la clandestinité.

 

 

Informations complémentaires

 

Sur le site, retrouvez par exemple le poème La rose et le réséda de Louis Aragon (1943), avec une analyse du texte : lien.