SUJET 37 et TEXTES RECUS (novembre 2011) : Comme une chanson de Brel

Bien sûr, vous connaissez le célèbre chanteur Jacques Brel ainsi que ses textes inoubliables parmi lesquels on compte Le plat pays, Les vieux, Ces gens-là, Amsterdam ou encore Quand on n'a que l'amour ou bien Ne me quitte pas, pour n'en citer que quelques-uns !

L'homme, sa discographie, ses films également... n'y a-t-il pas là de quoi nourrir largement votre inspiration ? Le sujet et le ton restent libres. Faites-vous plaisir !


Modalités de participation :

Cet atelier d'écriture est purement convivial. Gratuit et sans engagement, il n'est doté d'aucun prix mais est ouvert à tous, quelle que soit votre maîtrise de la langue française. Les jeunes y sont les bienvenus ainsi que tous les adultes qui aiment prendre la plume, écrivains confirmés ou simples débutants. Pour participer, il suffit d'envoyer votre texte par le lien « Nous contacter », présent sur la page d'accueil. Si besoin, nous reprenons même l'orthographe avant publication. Alors n'hésitez plus ! Oubliez tout complexe, laissez-vous guider par votre imagination et envoyez vos écrits !


Vous trouverez ci-après les textes reçus à ce jour.

Merci à tous ceux et à toutes celles qui se prêtent au jeu de cet atelier !


Singulière aventure au-dessus des Marquises

Il y a quelques jours, je me suis rendue chez ma cousine Amélie Goéland qui venait de mettre au monde cinq adorables oisillons. Nous avions passé une excellente journée, dégusté de délicieux vers de terre à la bouillie d’escargots, joué avec les bébés et beaucoup papoté. Il était temps pour moi de regagner mon nid. La nuit tombait mais le vol de retour s’annonçait bien.

Quelle ne fut pas ma surprise en ressentant de grosses turbulences en survolant les Marquises ! J’étais secouée dans tous les sens, mes plumes tout ébouriffées, mais le plus grave, c’étaient les hallucinations : un avion me fonçait dessus puis s’évanouissait, des hennissements de cheval suivis de rires tonitruants éclataient à mes oreilles, des grelots de tram étaient accompagnés d’odeur de frites et de bière tiède, des conversations animées venaient à mes oreilles sur les bourgeois, sur un plat pays, sur une certaine Mathilde, des chansons se murmuraient sur Amsterdam, l’amour, les gens simples. Tous ces sons se mélangeaient, se brouillaient, s’amplifiaient, diminuaient, accompagnés de silhouettes fantomatiques dansantes.

Tout à coup, je compris . C’était la Toussaint, et une fois encore, Jacques Brel avait invité Georges et Léo à faire la tombe buissonnière, une java posthume de plus. Incorrigibles, ces trois-là !


la mouette rieuse
(le 8 novembre 2011)

 

Les écorchures de la plume

D’un geste sûr, sa main s’applique dans le tracé de la craie éclatante, qui s’effrite en poussière, au fur et à mesure des mots, sur le grand tableau noir de l’école. Elle écrit en français. Le plancher de bois ramasse la poudre blanche en silence, sous les yeux des enfants disciplinés.

Sur son pupitre rayé par les écorchures de la plume, Jacques se terre de froid sur sa petite chaise dure. Il s’applique en toute austérité. Les phrases immuables du grand écran noir descendent alors de l’estrade en valsant, pour venir s’imprégner sur sa feuille blanche, par le biais de son encrier enchanté.

Les gestes libres et enthousiastes ne sont guère de mise dans cette école bruxelloise . Il le sait bien pourtant, mais …. Mais Il faut vivre avec. Avec le contact du baiser de marbre de son père le matin, avec l’odeur de naphtaline de son costume sombre, avec la caresse sensuelle et volatile de sa mère sous ses frous-frous d’étoffe et de parfums capiteux, et puis aussi avec sa veste de gamin à lui, ridicule et trop ajustée pour sa frêle carrure, cette chemise qu’il ne faut surtout pas tacher, ses cheveux sagement coiffés en arrière, le sourire figé dans sa trop grande bouche…

Elève glacé comme il sied à bâbord, mais marin en cavale dans sa cale à trésors, il observe le monde de ses regards furtifs, de sa conscience aiguisée… Là, cette enseignante dont il redoute la sévérité, mais dont il apprécie cependant la rigueur... Que lui rappelle le fouet vif du vent contre les vitres gelées … Et puis, il aime, oui, il aime aussi le visage de cette femme sous la lumière, l’envolée de sa robe et la marque discrète, et puis coquine, de ce jupon blanc, dévoilé sous chacun de ses pas, comme ceux des femmes lascives et bouleversantes, hautes en poitrine et en couleurs, aux abords des boulevards des quartiers chics et chauds de Belgique… De celles qu’on s’interdit de rencontrer.

Nul besoin non plus de s’attarder sur les pauvres gens qui vieillissent, sans plaisir, en îlots solitaires, la main droite sur le cœur et le poing gauche serré dans une poche trouée, mais avec des rêves chargés d’espoir sous leurs chapeaux.

Un jour, c’est sûr, il enflera sa voile sous le regard de tous, et soufflera des choses aux oreilles distraites, des choses ordinaires, surgies du tumulte de ses émotions, rapides comme les touches d’un piano et lentes, comme la musique d’une existence, avec les refrains pérennes d’un océan dont on voudrait taire à jamais tous les débordements. Des histoires d’amour, de joie et de souffrance qui s’enflamment en fumée, le temps d’une chanson, et qui se consument dans la cendre sous une bouche d’égout en hiver.

BREL s’est encore fait punir par celle dont il a gravé le nom au couteau, sur sa table de bois : « Matilde ». La rougissante jeune femme jette sur Jacques un regard embarrassé, avant de retourner, hautaine et sans plus d’égard, à son public d’école. Jacques, devenu « Jeff » orchestre ses larmes sous les yeux moqueurs des autres enfants, avant d’étreindre le rideau de velours autour de sa scène de désespoir. Et je vous jure qu’il crie.

Lou-Ange (16 novembre 2011)

 

L'insaisissable

Ce n'est pas vraiment un homme. A vrai dire, il ressemblerait plutôt à un cheval. Mais à un cheval qui chante plus qu'il ne hennit, qui fait vrombir le sol, hérisser les poils et rendre le coeur ivre à s'en crever d'effroi.

Et le peintre mordille le bout de son pinceau. Oui, c'est bien ça. Il va peindre un cheval.

Soudain le cheval étend ses bras. Et ces bras s'allongent, s'allongent à perte de vue. Ils semblent vouloir toucher le bout du monde, caresser tous les enfants, les faire venir à lui, sauver l'homme qui se noie. Les mains immenses et blanches se déploient, l'homme se fait marionnettiste puis échalas. Il devient oiseau. Il gagne en grâce. C'est maintenant un cygne délicat qui exprime une beauté triste. Et poignante. Bouleversante de douleur, juste et sublime.

Alors le peintre retrempe le pinceau dans le gobelet et change d'avis. Va pour un cygne. En arrière-plan, il mettra du bleu pastel.

Mais le cygne se tord brusquement de colère. Il exulte et le visage transpire. Comme un homme qui galvanise, du haut de son estrade ou bien de sa chaire d'église, il gronde des reproches. Il accuse et dénonce, tonitruant. Les femmes. Les bourgeois. Les moules et les frites. C'est Zeus en personne, serré dans son costume noir et sa chemise blanche. Les poils se hérissent de nouveau. En vérité, le tonnerre lui-même est moins effrayant.

L'irritation est contagieuse. A son tour le peintre fait la moue, tord sa moustache grise de dégoût et repose le pinceau. Il le rince puis l'essuie à son torchon.

Ce Jacques Brel est impossible à peindre. Il est vraiment le plus fier. Lui, il se prend pour lui. Ce n'est pas un homme. Ce n'est pas un cheval. Ce n'est pas un cygne ni un prêtre ni un je ne sais quoi. Non. C'est un emmerdeur. Voilà, c'est ça. C'est très simple. Un emmerdeur ! Qui rend fou Lino Ventura. Un qui chiale tout le temps et qui s'en vante. Qui beugle « ne me quitte pas ». Sans dignité. Sans chercher à être un homme, un vrai, qui pisse sur les femmes infidèles, beau et con à la fois. Lui, il pleure et se lamente. Un emmerdeur, on vous dit !

Alors le peintre range sa palette, replie son chevalet. Avant de partir, il se retourne une dernière fois. Derrière lui, s'étale un paysage sans relief, triste à mourir. Ce décor qui se refuse à lui, c'est le sien. Le plat pays.

Virginie Mège (19 novembre 2011)

 

Hommage

 

Agité comme s'il était possédé,

Envoûtant comme s'il était magicien,

Beuglant comme s'il était une vache,

Suant comme s'il cassait des pierres au Texas,

Chantant comme s'il était à l'opéra,

Captivant comme s'il était un sorcier...

Jacques Brel, tout simplement !

Tonito (27 novembre 2011)